Dans le Nord-Kivu, la menace Ebola rappelle une réalité brutale : lorsqu’une alerte arrive trop tard, la maladie gagne du terrain. Lorsqu’une communauté est préparée, une vie peut être sauvée. C’est dans cet esprit que Première Urgence Internationale (PUI), en partenariat avec PPSSP, déploie une intervention rapide de trois mois dans les aires de santé de Linzo et Mangodomu, dans la zone de santé de Mabalako en Province du Nord Kivu.
L’objectif est clair : réduire la transmission, détecter rapidement les cas suspects et limiter les conséquences humaines de l’épidémie. Mais sur le terrain, la riposte ne se joue pas uniquement dans les centres de santé. Elle commence aussi dans les familles, les quartiers, les lieux de rassemblement et auprès de celles et ceux qui sont les premiers à entendre une inquiétude ou à observer un signe inhabituel.
➡ Agir avant que l’alerte ne devienne une catastrophe
Dans un contexte marqué par la mobilité des populations, les déplacements, les échanges commerciaux, l’insécurité et les fragilités du système de santé, chaque retard peut coûter cher. Les structures de santé de Linzo et Mangodomu seront ainsi renforcées pour mieux prévenir et contrôler les infections.
- Équipements PCI et WASH – mise à disposition de matériel de prévention et contrôle des infections, ainsi que d’eau, hygiène et assainissement.
- Infrastructures sanitaires – réhabilitation des dispositifs de lavage des mains, latrines, douches, amélioration des circuits des patients et drainage.
- Protection des soignants – équipements de protection individuelle et renforcement des pratiques d’hygiène.
- Triage renforcé – identification rapide des cas suspects dès l’entrée des structures, avec aménagement d’espaces d’isolement et orientation sécurisée.
Détecter tôt. Isoler rapidement. Orienter en sécurité. Protéger sans attendre.
➡ Quand la communauté devient le premier système d’alerte
Une riposte efficace ne peut réussir sans la confiance et la participation des communautés. C’est pourquoi PPSSP place la mobilisation communautaire au cœur de l’intervention. 40 relais communautaires (RECO) déjà actifs à Linzo et Mangodomu seront renforcés sur la surveillance à base communautaire, la prévention, la détection et la notification des alertes.
30 leaders communautaires précédemment formés seront également mobilisés pour rapprocher les messages de prévention des populations. Dans les villages et les quartiers, ils contribueront à faire circuler une information fiable, à reconnaître les signes d’alerte, à encourager le recours précoce aux soins et à combattre les rumeurs qui peuvent fragiliser la réponse.
Car face à Ebola, une communauté bien informée n’est pas seulement une communauté qui sait : c’est une communauté qui agit.
Des émissions et messages en langue locale viendront renforcer cette dynamique. Pendant 90 jours, 90 spots éducatifs seront diffusés à travers la radio communautaire de Mangina, pour rappeler les gestes essentiels, déconstruire les fausses informations et encourager des comportements protecteurs.
➡ Protéger aussi les blessures invisibles
Une épidémie ne laisse pas seulement des blessures physiques. Elle peut provoquer la peur, le deuil, l’isolement, la stigmatisation et une profonde détresse psychologique. Le projet intègre donc un volet de soutien psychosocial, destiné aux personnes affectées, aux familles endeuillées, aux survivants ainsi qu’aux personnes confrontées à la peur ou à la détresse.
Des premiers secours psychologiques et un accompagnement seront proposés dans les structures de santé, les points de triage, les espaces d’isolement et auprès des ménages concernés. Parce que protéger une personne, c’est aussi prendre soin de ce qu’elle ressent.
La psychoéducation et les actions communautaires contribueront également à réduire la stigmatisation et à restaurer la confiance.
➡ Des soignants mieux préparés, des communautés mieux protégées
Au-delà de la réponse immédiate, l’intervention cherche à laisser derrière elle des capacités renforcées. Les professionnels de santé et les comités d’hygiène bénéficieront de formations et d’un accompagnement de proximité sur la PCI/WASH, la gestion de l’eau et des déchets, l’entretien des infrastructures et la détection précoce des cas.
Des exercices de simulation permettront également de tester la capacité des équipes à réagir face à une situation d’alerte. L’enjeu est simple : qu’au moment où une alerte survient, chacun sache quoi faire, où agir et qui prévenir.
Le projet renforcera parallèlement la surveillance épidémiologique au niveau des structures de santé et des communautés, afin d’améliorer la remontée des alertes et la rapidité de la réponse.
➡ Une réponse construite avec les communautés
À Mabalako, PUI et PPSSP s’appuient sur les acteurs qui connaissent le mieux le terrain : autorités sanitaires et administratives, équipes cadres de la zone de santé, infirmiers titulaires, relais communautaires, leaders religieux et communautaires, jeunes, femmes et structures locales. Cette proximité est essentielle.
La riposte ne doit pas être imposée aux communautés. Elle doit être construite avec elles. La présence opérationnelle de PUI à Beni et dans la zone de santé de Mabalako, ainsi que l’ancrage local de PPSSP, permettent aux équipes de rester proches des populations et d’adapter rapidement leurs actions à l’évolution de la situation. Des mécanismes de dialogue, de coordination et de retour d’information permettront de maintenir ce lien avec les communautés et de faire remonter leurs préoccupations.
➡ Préparer aujourd’hui pour mieux protéger demain
Cette intervention est conçue pour répondre à l’urgence, mais ses effets doivent aller au-delà de la crise. Des agents de santé mieux formés, des RECO mieux préparés, des leaders capables de transmettre des informations fiables, des structures sanitaires mieux équipées et des mécanismes d’alerte plus solides constituent autant de défenses pour les prochaines urgences sanitaires.
À Linzo et Mangodomu, chaque lavage des mains, chaque alerte transmise, chaque cas détecté à temps et chaque rumeur combattue compte.
« Parce que derrière chaque alerte, il y a une famille. Derrière chaque patient, une histoire. Et derrière chaque geste de prévention, une possibilité de protéger une vie. »