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Quand chaque heure compte : l expérience du PPSSP avec l approche CATI pour contenir le choléra en Tshopo
Général

Quand chaque heure compte : l expérience du PPSSP avec l approche CATI pour contenir le choléra en Tshopo

20/08/2026 | Administrateur PPSSP | 37 vues
PPSSP & UNICEF : Expérience CATI contre le choléra en Tshopo
🟦 RIPOSTE SANITAIRE | RDC – PROVINCE DE LA TSHOPO | EXPÉRIENCE CATI – LUTTE CONTRE LE CHOLÉRA
📍 Kisangani • Approche CATI • 2025
En 2025, face à une épidémie qui avançait le long du fleuve Congo et de ses affluents, le PPSSP a choisi de ne pas attendre que le choléra frappe davantage. Avec l'appui technique et financier de l'UNICEF et en coordination avec la DPS Tshopo, l'organisation a expérimenté l'approche CATI (Case-Area Target Intervention) : aller vers le cas, protéger sa famille, sécuriser son voisinage et couper la transmission avant qu'elle ne gagne du terrain.
Équipe CATI du PPSSP en intervention sur le terrain à Kisangani
Équipe CATI du PPSSP en intervention sur le terrain à Kisangani Rapidité, proximité et engagement au service des communautés touchées par le choléra.

 Le choléra n'attend pas. Nous non plus.
En Tshopo, l'eau est à la fois une richesse vitale et, dans certaines circonstances, un vecteur redoutable de maladie. Le fleuve Congo et ses affluents rythment la vie des communautés. On y puise l'eau à boire. On y fait la vaisselle, la lessive et la toilette. Dans certains endroits, faute d'alternatives, on y défèque également. Cette proximité permanente entre l'être humain et l'eau crée un terrain particulièrement favorable à la propagation du choléra lorsque les conditions d'hygiène et d'assainissement se dégradent.

Le 7 juillet 2025, l'autorité provinciale déclarait officiellement l'épidémie de choléra en Tshopo. Le premier cas avait été notifié dès la semaine épidémiologique 9, dans la zone de santé d'Ubundu. Jusqu'à la semaine 21, 129 cas avaient été enregistrés dans 15 zones de santé.

Derrière ces chiffres, il y avait des familles. Des enfants. Des parents. Des communautés entières exposées. Face à cette urgence, le Programme de Promotion des Soins de Santé Primaire (PPSSP), en coordination avec la Division Provinciale de la Santé de la Tshopo et avec l'appui technique et financier de l'UNICEF, a choisi une réponse qui place la rapidité au cœur de l'action : l'approche CATI.

« Quand mon enfant est tombé malade, j'ai eu peur. Mais les équipes sont venues rapidement, elles nous ont orientés vers le centre de santé. Cela nous a rassurés. » — Témoignage d'une mère de famille, zone de santé de Yakusu

 Aller vers le cas pour empêcher le prochain
L'approche CATI repose sur une idée simple, mais puissante : lorsqu'un cas suspect apparaît, il ne faut pas seulement soigner le malade. Il faut immédiatement protéger l'environnement autour de lui. Pendant trois mois à partir du 24 octobre 2025, cinq équipes multidisciplinaires ont été formées et déployées dans huit zones de santé : Basoko, Yakusu, Makiso-Kisangani, Mangobo, Tshopo, Bengamisa, Kabondo et Lubunga.

Chaque équipe associait des compétences en santé publique, WASH, communication et logistique. Les bureaux centraux des zones de santé ont également détaché leurs infirmiers afin de garantir une coordination étroite avec les équipes CATI.

Lorsqu'un cas suspect était identifié, l'équipe intervenait autour du ménage concerné et dans son voisinage immédiat, jusqu'à 18 ménages autour du cas, constituant ainsi un cordon sanitaire communautaire.

L'objectif était clair : ne pas laisser le choléra gagner une maison de plus. L'intervention combinait traitement de l'eau à domicile par Aquatabs, décontamination des maisons et ouvrages sanitaires, distribution de kits, recherche active des cas, sensibilisation, mise en place de points de chloration et de réhydratation orale, prise en charge alimentaire des malades et accompagnement des enterrements dignes et sécurisés.

 Des chiffres qui racontent une mobilisation
Les résultats obtenus montrent l'ampleur de la réponse.

• Une intervention qui privilégie la vitesse
Sur 600 cas suspects ciblés, 480 ont bénéficié d'une réponse CATI dans les 48 heures, soit 80 %.
Dans une épidémie de choléra, 48 heures peuvent faire la différence entre un cas isolé et une chaîne de transmission.

• 100 % des maisons ciblées décontaminées
Dans les 480 cordons sanitaires effectivement couverts, les équipes ont décontaminé 8 640 maisons sur 8 640 attendues, soit 100 %.
Mais la réponse ne s'est pas arrêtée aux maisons.
Seules 2 522 latrines sur 8 640 attendues ont pu être décontaminées, soit 29,2 %. Ce chiffre révèle une réalité préoccupante : dans les cordons sanitaires concernés, une grande partie des ménages ne disposait pas de latrines accessibles et hygiéniques.
La situation des douches était similaire : 2 327 douches, soit 26,9 % des 8 640 attendues, ont été décontaminées.
Derrière ces pourcentages se cache une question essentielle : comment demander à une communauté de se protéger du choléra lorsqu'elle ne dispose pas des infrastructures nécessaires pour le faire ?

• Traiter l'eau, protéger des vies
L'une des priorités de la réponse a été de sécuriser l'eau. 50 points de chloration sur 50 prévus ont été installés, soit 100 % de réalisation, dans cinq zones de santé. Grâce à ces points, 5 088,89 m³ d'eau de boisson ont été traités ou chlorés.
Parallèlement, 8 640 ménages ont traité leur eau de boisson grâce aux Aquatabs distribués.
Dans les ménages directement touchés, 480 kits complets ont été distribués, comprenant notamment des savons, des seaux, des dispositifs de lavage des mains, des sels de réhydratation orale et des Aquatabs.
Au niveau des ménages voisins, 8 610 kits non complets ont également été distribués. Parce que le choléra ne se combat pas uniquement avec des médicaments : il se combat aussi avec une eau sûre, des mains propres et un environnement sécurisé.

• Prévenir plutôt que courir derrière l'épidémie
La réponse CATI a également permis l'installation de 25 points de réhydratation orale sur les 25 prévus, soit 100 %.
Pendant la durée du projet, 1 200 repas ont été servis aux malades et à leurs garde-malades.
Sur le terrain, les équipes ont aussi recherché activement les cas et renforcé la communication communautaire. Au total, 123 813 personnes, soit 95,5 % de la cible de 129 600 personnes, ont été sensibilisées sur la prévention du choléra et la prévention des abus et exploitations sexuelles. Parmi elles, 93 282 personnes ont été touchées au sein des cordons sanitaires et 30 531 lors des sensibilisations de masse dans les églises, écoles, marchés, sites de déplacés et structures sanitaires.
Ces chiffres racontent une chose essentielle : la lutte contre le choléra se joue aussi dans la connaissance et dans les comportements.

 Mais sur le terrain, les chiffres révèlent aussi les failles
L'expérience CATI n'a pas seulement produit des résultats. Elle a aussi révélé les limites structurelles auxquelles les communautés restent confrontées. Dans plusieurs zones, le fleuve et ses affluents remplissent simultanément trois fonctions incompatibles avec la prévention du choléra : source d'eau de boisson, lieu de défécation et espace de toilette, de lessive et de vaisselle.

À cela s'ajoutent la promiscuité dans certains sites de déplacés et dans les carrières minières en amont de la rivière Lindi, ainsi que certaines croyances associant le choléra aux mauvais sorts et orientant les personnes vers des chambres de prière plutôt que vers les structures de santé.

La géographie elle-même complique la réponse. Dans des zones comme Basoko et Yakusu, l'environnement aquatique transforme chaque déplacement en défi logistique.
Répondre rapidement à une épidémie sur terre est difficile. Répondre rapidement à une épidémie entre îlots, rivières et villages dispersés l'est davantage.

« Avant, nous ne savions pas que l'eau pouvait être dangereuse. Maintenant, nous faisons attention, et cela protège nos enfants et nous-mêmes. » — Mère participante à un focus groupe dans la zone de santé de Yakusu, en aval du fleuve Congo

 Ce que le PPSSP retient : le CATI fonctionne, mais il doit évoluer
L'expérience de 2025 montre que l'approche CATI permet d'apporter rapidement une réponse ciblée autour des cas et de réduire les risques de transmission dans leur environnement immédiat.

Mais elle montre également une limite fondamentale : une intervention d'urgence ne peut pas, à elle seule, réparer des années de déficit en eau, hygiène et assainissement.

Pour que les acquis survivent au départ des équipes, le CATI doit être accompagné d'investissements durables dans les infrastructures WASH et d'une politique publique permettant aux communautés d'accéder durablement à l'eau potable et à l'assainissement.

Dans les zones aquatiques et insulaires, le modèle doit également être contextualisé : équipes pré-CATI locales et permanentes, moyens nautiques adaptés et, lorsque nécessaire, pirogues motorisées dédiées aux équipes de réponse.

Les points de chloration et de réhydratation doivent eux aussi être pensés comme de véritables postes opérationnels, avec les équipements nécessaires à leur fonctionnement et à leur documentation.

 Faire mieux aujourd'hui qu'hier
L'expérience CATI de 2025 aura laissé au PPSSP plus que des chiffres. Elle aura laissé une conviction : dans une épidémie, la rapidité sauve du temps ; la proximité sauve des familles ; et la prévention sauve des communautés.

Elle aura également confirmé qu'une réponse efficace doit partir de la réalité vécue par les populations. Car lorsque le fleuve est à la fois la source d'eau, la salle de bain et la latrine, distribuer des produits de traitement de l'eau ne suffit pas. Lorsque les communautés vivent sur des îlots difficiles d'accès, envoyer une équipe mobile ne suffit pas. Lorsque les familles n'ont pas de latrines, leur demander d'adopter de bonnes pratiques ne suffit pas.

Il faut aller plus loin.

C'est dans cette perspective que le PPSSP entend capitaliser cette expérience et améliorer continuellement ses interventions, fidèle à sa devise : « Faire mieux aujourd'hui qu'hier et demain encore mieux qu'aujourd'hui. »

Parce que derrière chaque cas suspect, il y a une famille à protéger.
Et derrière chaque famille protégée, une chaîne de transmission que nous pouvons empêcher de commencer.
🛈 Partenariat : Cette riposte rapide a été rendue possible grâce à l'appui technique et financier de l'UNICEF, en coordination avec la Division Provinciale de la Santé de la Tshopo et les zones de santé de Basoko, Yakusu, Makiso-Kisangani, Mangobo, Tshopo, Bengamisa, Kabondo et Lubunga.
✍️ Par Leonard KAMBALE S.
Chef de projet CATI – PPSSP Kisangani

Gabriel MOLISO
Chef du Département Recherche & Développement & Point Focal Communication – PPSSP
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