Dans un contexte marqué par les conflits armés, les déplacements forcés et la vulnérabilité des populations, les violences basées sur le genre (VBG) laissent des blessures qui dépassent largement le traumatisme physique. Elles touchent la dignité, la sécurité, les familles et parfois tout l’avenir d’une personne.
Face à cette réalité, le PPSSP a mis en œuvre, depuis octobre 2025, une intervention visant à renforcer la protection des femmes et des filles affectées par les conflits et à améliorer leur accès à l’accompagnement juridique. Cette action s’inscrit dans le cadre du Plan de Réponse à la Crise à l’Est de la RDC, sous la coordination du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), avec le soutien financier du Canada et de la République de Corée.
L’ambition était claire : rapprocher la justice des survivantes, renforcer les mécanismes communautaires de protection et faire en sorte qu’aucune victime ne soit laissée seule face aux violences.
➞ Quand la communauté devient un rempart
À Masisi, Nyiragongo et Rutshuru, le projet a commencé par renforcer celles et ceux qui sont au plus près des communautés. Six organisations à base communautaire et douze comités de protection ont été accompagnés et renforcés pour mieux prévenir les VBG, identifier les cas, donner l’alerte et orienter les survivantes vers les services appropriés. Des espaces sûrs, des outils de travail, des téléphones pour les alertes, des boîtes à suggestions et des équipements ont permis à ces structures de mieux exercer leur rôle. Mais surtout, les acteurs communautaires ont été formés pour écouter, orienter et protéger. 432 alertes ont ainsi été lancées et 606 référencements réalisés, renforçant le lien entre les communautés et les services de prise en charge.
Dans un contexte où la peur, la stigmatisation et les menaces peuvent réduire au silence les survivantes, ces mécanismes constituent une première porte vers la protection.
➞ Plus de 1 200 personnes ont trouvé une porte ouverte
Derrière les chiffres, il y a des femmes, des filles, des familles et des histoires souvent marquées par la peur. Au cours de la période couverte, 1 210 personnes ont bénéficié d’un accompagnement à travers les services mis en place, notamment les cliniques juridiques et les espaces sûrs. Parmi elles, 1 113 cas de violences sexuelles liées aux conflits (VSLC) ont été documentés.
Cette documentation est essentielle : elle permet de préserver les informations relatives aux préjudices subis et de soutenir, lorsque cela est possible, les démarches judiciaires et les processus de réparation. Les survivantes ont également bénéficié de conseils juridiques, d’orientations et d’un accompagnement adapté à leurs besoins. Parce qu’obtenir justice commence souvent par être entendu.
➞ Protéger, c’est parfois mettre quelqu’un à l’abri
Pour certaines personnes, rester dans leur environnement représente un danger. Menaces, représailles, stigmatisation ou risques physiques peuvent contraindre les survivantes à quitter temporairement leur milieu de vie. Le projet a ainsi permis à 257 personnes de bénéficier de mesures de protection et de délocalisation. Des kits essentiels ont également été fournis aux personnes déplacées dans le cadre de leur protection. Ces interventions ont permis de répondre à une urgence fondamentale : mettre une personne en sécurité avant qu’il ne soit trop tard.
➞ Briser le silence, changer les comportements
La protection ne peut cependant pas reposer uniquement sur la prise en charge des victimes. Elle doit aussi s’attaquer aux causes et aux normes qui permettent aux violences de persister. Des campagnes de sensibilisation, des formations et des dialogues communautaires ont mobilisé femmes, hommes, jeunes, leaders communautaires, associations et prestataires de services autour de la prévention des VBG, de l’égalité entre les sexes, de l’inclusion sociale et de la protection contre les exploitations et abus sexuels.
Au total, 23 755 personnes ont été sensibilisées, dont des femmes, des hommes, des filles et des garçons. Six grandes séances de sensibilisation ont notamment permis de renforcer les connaissances de 300 personnes, dont 120 hommes et 180 femmes, sur l’égalité de genre, l’inclusion sociale et la protection contre les abus et exploitations sexuels.
Dans les écoles, auprès des femmes et des jeunes filles, mais aussi au sein des communautés, le message est resté le même : Prévenir les violences, c’est aussi apprendre à les reconnaître, savoir où chercher de l’aide et refuser leur banalisation.
➞ La protection passe aussi par la reconstruction
Dans certaines situations, les violences et les conflits fragilisent les liens familiaux et sociaux au point de rendre le dialogue presque impossible. Le projet a également soutenu des mécanismes de médiation communautaire. 52 médiations ont été réalisées, dont 48 ont abouti à une issue favorable.
À Sake, par exemple, une médiation menée par les membres des organisations communautaires a permis à un couple de trouver une solution après un conflit lié à la vente d’une parcelle. Ces résultats montrent que la protection ne signifie pas seulement répondre à la violence lorsqu’elle survient. Elle signifie aussi restaurer le dialogue, prévenir l’escalade des conflits et reconstruire la confiance.
« Après avoir subi des violences, je ne savais plus à qui parler. Grâce au comité de protection de mon village, j’ai été orientée vers un espace sûr où j’ai reçu des conseils juridiques et un suivi psychologique. Aujourd’hui, je me sens écoutée et je sais que je ne suis plus seule. »
➞ Des résultats obtenus malgré un contexte difficile
Le chemin n’a pas été sans obstacles. Les contraintes sécuritaires, particulièrement à Rutshuru, ont parfois limité l’accès aux communautés. La peur des représailles et la stigmatisation continuent également de dissuader certaines survivantes de dénoncer les violences. La qualité de la documentation de certains dossiers demeure par ailleurs un défi, avec des informations parfois incomplètes qui compliquent le suivi des cas.
Mais ces difficultés ont également renforcé une conviction : dans les contextes de crise, les communautés doivent être au cœur de la réponse. L’expérience acquise montre que la présence des structures locales, la coordination entre acteurs et l’implication des autorités et leaders communautaires sont indispensables pour maintenir les services, même lorsque l’environnement devient difficile.
➞ Construire des mécanismes qui restent
L’un des acquis majeurs de cette intervention est d’avoir renforcé des mécanismes capables de poursuivre leur action au-delà du projet. Les organisations communautaires disposent désormais de compétences, d’outils et de mécanismes d’alerte renforcés. Les acteurs formés peuvent continuer à sensibiliser, identifier les risques, orienter les survivantes et contribuer à la prévention des violences.
Des activités génératrices de revenus et des appuis aux structures communautaires ont également été envisagés pour contribuer à la pérennisation des acquis. Car une réponse durable ne consiste pas seulement à intervenir pendant une crise. Elle consiste à donner aux communautés les moyens de continuer à protéger les leurs.
➞ Derrière chaque chiffre, une vie
En quelques mois, le projet a permis de renforcer 6 organisations communautaires, 12 comités de protection, 432 mécanismes d’alerte, 606 référencements, 1 210 accompagnements et la documentation de 1 113 cas de VSLC.
Mais aucun chiffre ne raconte à lui seul ce que représente une survivante qui ose enfin parler. Aucun indicateur ne mesure complètement la force nécessaire pour demander de l’aide. Et aucune statistique ne peut résumer la valeur d’une communauté qui choisit de protéger plutôt que de se taire.
À Masisi, Nyiragongo et Rutshuru, le PPSSP, avec le soutien du PNUD et le financement du Canada et de la République de Corée, poursuit ainsi une conviction essentielle : protéger les survivantes, renforcer les communautés et rapprocher la justice, c’est aussi reconstruire la dignité et l’espoir.
« Parce que derrière chaque dossier, il y a une personne. Derrière chaque survivante, une histoire. Et derrière chaque geste de protection, une possibilité de reprendre sa vie en main. »